M�me s'il poss�de le patrimoine g�n�tique commun de l'esp�ce, chaque individu est unique. Il a sa propre originalit� g�n�tique, une combinaison particuli�re qui lui vient de son p�re et de sa m�re. D'une certaine mani�re, chaque �migra-tion �quivaut � un tirage au sort, comme si l'on puisait quelques poign�es de g�nes au hasard dans le stock commun. Les g�nes qui �taient rares au d�part risquent de ne plus �tre repr�sent�s dans l'�chantillon; les plus communs le seront sans doute, mais pas dans les m�mes proportions. En essaimant, les populations migrantes emportent donc un bagage g�n�tique bien � elles, qui n'est pas exactement repr�sentatif de la communaut� d'origine, non pas dans sa nature - tous les �tres humains puisent dans le m�me stock mais dans la r�partition des g�nes et dans leur fr�quence. Et, petit � petit, au fil des g�n�rations, elles se distinguent des populations d'anc�tres qu elles ont quitt�es.
Pendant la pr�histoire, l'environnement joue lui aussi un r�le, en s�lectionnant, au fil des g�n�rations, les individus qui lui sont les mieux adapt�s : c'est ainsi que l'aspect physique, certains traits de la morphologie, la taille, les formes du corps, la couleur de la peau, se diff�rencient.
Mais comment l'environnement op�re-t-il sa � s�lection � ?
Pour r�pondre, nous n'avons pas d'autres moyens que d'�tudier les humains d'aujourd'hui. Lorsqu'on �tablit la r�partition des couleurs de la peau dans le monde, du moins chez les populations qui ne se sont pas d�plac�es r�cemment, on retrouve exactement la carte de l'ensoleillement : ceux qui vivent dans des zones ensoleill�es ont la peau fonc�e, ceux qui habitent des r�gions � faible luminosit� ont la peau plus claire.
Ce qui suppose que le soleil a autrefois jou� un r�le. Lequel ?
Nous devons faire des sp�culations. On sait qu'actuellement les surfers blonds d'origine irlandaise ou su�doise d�veloppent plus de cancers de la peau que les aborig�nes australiens qui vivent nus dans le d�sert. D'o� l'id�e que cette maladie a pu autrefois s�lectionner nos anc�tres. Sur des dizaines de milliers de g�n�rations, cette vuln�rabilit� aurait pu cr�er une diff�rence de mortalit� : les humains � peau claire vivant en zone intertropicale auraient eu moins de descendants, ce qui expliquerait que, petit � petit, les populations de ces r�gions auraient �t� compos�es d'individus � peau fonc�e.
Autre hypoth�se : on sait que la vitamine D est indispensable pour fixer le calcium dans les os, on en donne d'ailleurs aux enfants pour �viter le rachitisme. Notre organisme en fabrique naturellement sous l'influence des rayons ultraviolets du soleil qui frappent notre peau. Or, on a constat� que dans les zones de faible ensoleillement les peaux noires en synth�tisent moins que les peaux claires. Leurs porteurs semblent donc plus expos�s au risque de rachitisme. D'o� cette autre id�e que, dans la pr�histoire, les individus sombres venant des zones temp�r�es ou froides auraient �t� davantage soumis au rachitisme. Au fil des g�n�rations, les personnes � peau claires auraient �t� s�lectionn�es. Mais ce ne sont que des hypoth�ses
la peau de nos anc�tres change radicalement de couleur
Ce fut assez rapide. Quelques milliers de g�n�rations sans doute... Regardez les Indiens d'Am�rique. Ils sont arriv�s r�cemment sur ce continent, entre -20 000 et -5 000 ans. Or, on remarque aujourd'hui que ceux qui se sont install�s au Guatemala ou en Colombie ont, � la naissance, une peau beaucoup plus fonc�e que ceux du Canada ou d'Argentine : 15 000 ans ont donc suffi pour sceller cette diff�rence. M�me constat en Asie du Sud-Est entre les M�lan�siens, souvent tr�s noirs, et les Polyn�siens, plus clairs, alors que ces deux populations sont g�n�tiquement et culturellement proches.
Peut-on �tre physiquement semblable et g�n�tiquement diff�rent?
Les Papous en Oc�anie et les Bantous en Afrique sont tr�s �loign�s quand on examine les fr�quences de leurs g�nes : les premiers sont g�n�tiquement proches des Vietnamiens et des Chinois, les seconds davantage des autres Africains, ce qui semble logique. Pourtant, ils se ressemblent beaucoup physiquement : petits, cheveux cr�pus, peau tr�s fonc�e, car ils vivent dans des for�ts �quatoriales semblables. Tout cela tend � prouver que, pendant la pr�histoire, les occupants d'un m�me type de lieux ont rapidement acquis des caract�ristiques physiques semblables, adapt�es � leur environnement.
L'histoire de l'�tude des � races � n'est qu'une suite de pr�jug�s. La science en a eu sa part. Pendant longtemps, les anthropologues ont fait des classifications raciales d'apr�s la couleur de la peau : les Blancs, les Noirs, les Jaunes. Lorsque, au d�but du si�cle, on a d�couvert les groupes sanguins, on a pens� qu'on allait retrouver ces m�mes cat�gories et confirmer l'existence des races. Certains nazis essaieront m�me de montrer que le groupe B �tait une caract�ristique m�t�que, symbole de m�tissage, et que les purs Aryens ne le poss�daient pas. Tout cela �tait absurde. On sait aujourd'hui que la plupart des populations dans le monde poss�de l'�ventail de tous les groupes sanguins. Il vaut mieux recevoir le sang d'un Papou du m�me groupe que le sien plut�t que celui de son voisin de palier de m�me origine mais d'un autre groupe. C'est la m�me chose pour les greffes d'organes.
On conna�t aujourd'hui des milliers de syst�mes g�n�tiques diff�rents. Mais les g�nes des Blancs ou les g�nes des Noirs n'existent pas. On ne conna�t aucun g�ne que l'on trouverait chez tous les Blancs ou tous les Noirs, et pas chez les autres. C'est la m�me chose pour l'ensemble des g�nes connus. Apr�s la Seconde Guerre mondiale, les scientifiques se sont aper�us que le r�pertoire des g�nes �tait partout le m�me, dans toutes les populations. Que des g�nes fr�quents chez les Europ�ens �taient peut-�tre rares chez les Orientaux ou les Australiens, mais qu'ils �taient quand m�me pr�sents. Les diff�rences g�n�tiques ne correspondent pas aux cat�gories que nous imaginons d'apr�s la t�te des gens, la couleur de leur �pid�mie ou leur origine g�ographique. Elles ne permettent pas de d�couper la population des humains en groupes bien distincts.
Si vous prenez deux personnes au hasard, elles ont plus de chances de se ressembler si elles appartiennent � la m�me communaut� que si elles sont issues de deux communaut�s diff�rentes. Mais cela ne constitue pas des familles g�n�tiquement semblables. C'est peut-�tre difficile � comprendre, mais c'est ainsi : on ne peut pas �tablir de cat�gories g�n�tiques simples dans la population humaine actuelle. Si vous rassemblez les personnes du groupe sanguin A, elles viendront de toutes les populations de la Terre. Si vous vous int�ressez au g�ne rh�sus +, vous d�couvrirez un autre �chantillon de la population mondiale. Selon le crit�re que vous choisissez, selon que vous privil�giez la couleur de la peau, les groupes sanguins, le rh�sus, la taille ou tout autre chose, vous obtiendrez, � chaque fois, des classifications diff�rentes.
La grande image des peuples
il ne faut pas se fier aux apparences. D�s 1784, Herder �crivait, en r�ponse � ceux qui se livraient � des classifications raciales : � II n'existe ni quatre ni cinq races humaines, les populations s'interp�n�trent et forment les ombres d'une grande image qui s'�tend sur tous les temps et sur tous les continents. �